Souveraineté numérique : héberger ses données en Europe, mode d'emploi
Reprendre la main sur son infrastructure n'est plus réservé aux grands groupes. Guide pratique pour les indépendants et les PME.
La question semblait tranchée : dans le nuage, l’Europe consommerait ce que la Silicon Valley produirait. Puis la donne a changé. Guerre commerciale, lois extraterritoriales, dépendance stratégique : reprendre la main sur ses données est devenu un sujet de conseil d’administration, plus seulement d’ingénieurs.
Le signal le plus net est venu de Bruxelles. En 2025, la Commission européenne a confié à un consortium d’acteurs du continent — OVHcloud, DEEP et Clever Cloud — un marché de cloud souverain pour ses propres institutions, plafonné à 180 millions d’euros sur six ans. Un contrat modeste à l’échelle des géants américains, mais un symbole : l’Europe se dote d’alternatives crédibles.
« L’Europe a les talents, les entreprises et les compétences pour bâtir son autonomie technologique ; elle peine à en faire une stratégie industrielle. »— Octave Klaba, fondateur d’OVHcloud (propos rapportés)
Le fondateur du champion français ne cesse de le marteler : celui qui contrôle les données contrôle l’économie numérique — et, demain, l’intelligence artificielle. Son reproche à l’Union est constant : produire des règlements ambitieux sans stratégie de soutien à ses propres acteurs.
Pour une PME ou un indépendant, la souveraineté n’est pas une abstraction. Elle se joue dans des choix concrets : hébergeur certifié, chiffrement des données, réversibilité — c’est-à-dire la garantie de pouvoir partir sans tout perdre. Autant de critères qui pèsent désormais plus lourd que le seul prix au gigaoctet.
Au cœur du sujet, une réalité juridique méconnue : le droit américain peut contraindre une entreprise des États-Unis à livrer des données, où qu’elles soient hébergées dans le monde. Autrement dit, confier ses fichiers à un géant du cloud américain, même sur un serveur situé en Europe, n’offre pas les mêmes garanties que de les héberger chez un acteur soumis au seul droit européen. Cette asymétrie, longtemps théorique, est devenue un argument commercial.
Pour une organisation, la souveraineté se décline en gestes très concrets. La réversibilité, d’abord : pouvoir récupérer l’intégralité de ses données et repartir chez un autre, sans dépendre du bon vouloir de son fournisseur. Le chiffrement, ensuite, pour que même en cas d’accès forcé, les données restent illisibles. La localisation, enfin, mais aussi la nationalité juridique de l’hébergeur — car c’est elle, plus que l’adresse du serveur, qui décide qui peut, un jour, mettre la main sur vos informations.
Sources : Commission européenne ; OVHcloud ; entretiens publics d’Octave Klaba.