Rachats tech : l’année de tous les records
Cursor racheté 60 milliards, Wiz avalé par Google pour 32 milliards : jamais l’industrie n’avait connu une telle frénésie de fusions. Décryptage d’une consolidation historique.
Le 16 juin 2026, une nouvelle a sidéré la Silicon Valley : SpaceX rachetait Anysphere, l’éditeur de l’assistant de code Cursor, pour 60 milliards de dollars en actions. Fondée en 2022, la jeune pousse était devenue l’un des logiciels à la croissance la plus fulgurante de l’histoire, dépassant le milliard de dollars de revenus annualisés et le million de développeurs fin 2025.
Ce n’est pas un cas isolé, mais le sommet d’une vague. Quelques mois plus tôt, Google finalisait le rachat de la start-up de cybersécurité Wiz pour 32 milliards de dollars — la plus grosse acquisition de l’histoire d’Alphabet. Palo Alto Networks s’offrait CyberArk pour 25 milliards, Synopsys avalait Ansys pour 35 milliards, IBM mettait onze milliards sur Confluent.
Les géants n’ont pas racheté des modèles d’IA. Ils ont racheté l’infrastructure qui fera tourner les agents autonomes de la prochaine décennie.
Car derrière ces montants, une logique claire : la course à l’IA ne se gagne pas seulement avec des algorithmes, mais avec des outils, de la sécurité, des données et de la puissance de calcul. Les acheteurs consolident les briques qui feront tourner les « agents » de demain — ces logiciels censés agir seuls.
Cette frénésie a un revers. Chaque méga-rachat concentre un peu plus le pouvoir chez une poignée d’acteurs, et fragilise la diversité qui fait la vitalité de la tech. Les régulateurs, en Europe comme aux États-Unis, scrutent ces opérations — mais peinent à suivre le rythme. Pour les indépendants et les petites structures, la leçon est ancienne : ne jamais dépendre entièrement d’un outil qu’un géant peut racheter, fermer ou transformer du jour au lendemain.
Pourquoi maintenant ? Trois forces se conjuguent. La course à l’IA, d’abord, qui pousse les géants à s’emparer des talents et des briques stratégiques avant leurs rivaux. Des trésoreries pléthoriques, ensuite : les grandes plateformes croulent sous le cash et cherchent où l’investir. Une forme d’urgence, enfin — dans une industrie où six mois font une éternité, il est souvent plus rapide d’acheter que de construire.
Cette frénésie inquiète les régulateurs, en Europe comme aux États-Unis, qui redoutent une concentration excessive. Elle transforme aussi la stratégie des start-up : beaucoup ne visent plus l’indépendance, mais le rachat, quitte à voir leur produit absorbé, transformé ou éteint. Pour les utilisateurs — entreprises comme particuliers — la leçon est ancienne et toujours d’actualité : ne jamais confier tout son destin à un outil qu’un géant peut, du jour au lendemain, racheter et faire disparaître.
Sources : opérations 2025-2026 (SpaceX-Anysphere, Google-Wiz, Palo Alto-CyberArk, Synopsys-Ansys, IBM-Confluent) ; bilans M&A du secteur.