ElevenLabs, la voix de la machine
Deux amis d’enfance polonais ont fondé à Londres la référence mondiale de la voix synthétique. Valorisée onze milliards de dollars, la start-up fascine autant qu’elle inquiète.
Fermez les yeux, écoutez : la voix est chaude, nuancée, presque humaine. Elle n’existe pourtant pas. C’est le savoir-faire d’ElevenLabs, fondée en 2022 à Londres par deux amis d’enfance polonais, Mati Staniszewski et Piotr Dąbkowski, partis d’une frustration simple — la médiocrité des doublages automatiques de leur enfance.
En trois ans, la maison est devenue la référence de la voix numérique : synthèse vocale, doublage multilingue, effets sonores, agents conversationnels. Ses modèles équipent aussi bien des studios que des entreprises comme Deutsche Telekom ou Revolut, portant son chiffre d’affaires annualisé au-delà de 330 millions de dollars fin 2025.
500 millions de dollars levés début 2026 pour une valorisation de 11 milliards : en douze mois, la start-up a triplé de valeur.
Cette réussite, portée par des investisseurs de premier plan dont Sequoia et Nvidia, a un revers que l’entreprise ne peut ignorer : la même technologie qui donne une voix à un roman audio permet aussi de cloner celle d’un proche pour mieux escroquer. ElevenLabs multiplie les garde-fous — vérification du consentement, marquage des contenus — mais la course entre l’usage et l’abus ne fait que commencer. La voix, ce dernier bastion de l’authenticité humaine, est devenue un terrain de vigilance.
Sources : CNBC, TechCrunch, ElevenLabs (2025-2026).